Patrick Coupechoux
Journaliste

 

"… comme la maladie mentale ne se soigne pas comme une grippe, les patients reviennent. Ce que les soignants nomment la politique du « tourniquet » ou de l’« éternel retour ». Pour faire face au problème de la chronicité – on ne sort pas de l’hôpital guéri –, le système renvoie les patients aux familles, qui supportent une charge énorme, au médico-social et de plus en plus au social, pour ne pas dire à la charité publique.

Pour opérer un tel renversement, il a fallu réduire à néant des dizaines d’années de travail théorique, remettre en cause, d’une façon ouverte ou rampante, le formidable mouvement de « désaliénisme » qui avait été lancé en France pendant la Résistance et à la Libération. Celui-ci prônait la fin de l’asile, qui, loin de soigner, aggravait l’état des malades, et le retour dans la cité, afin d’« utiliser le potentiel soignant du peuple », selon la belle phrase de Lucien Bonnafé, l’un des animateurs de ce courant. L’hôpital devait ne constituer qu’un outil parmi d’autres – dont il fallait d’ailleurs modifier le fonctionnement – et confier le soin à une équipe (psychiatres, infirmiers, aides-soignants, psychologues), pivot de l’organisation sur un territoire donné, le plus petit possible, le « secteur ». Cette démarche impliquait un autre regard sur la folie et la considérait dans toutes ses dimensions – sociale, psychique et biologique, humaine pour tout dire.
Désormais, le secteur est remis en cause au profit de « territoires de santé » plus vastes, avec un retour au regroupement des pathologies – comme au temps de l’asile, où il y avait le pavillon des gâteux et celui des agités – dénoncé comme aliénant par les psychiatres progressistes de l’après-guerre ; avec la contestation de la nécessaire « continuité des soins », dans et hors de l’hôpital ; avec l’apparition du concept flou de « santé mentale », qui noie délibérément la folie dans la « souffrance psychique » de masse, visant à « psychiatriser » la misère et à éviter de poser les questions sociales et politiques que celle-ci soulève." (Et même la folie a cessé d'être innocente, Monde Diplomatique, Juillet 2006)

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"On juge du degré de civilisation d'une société à la façon dont elle traite ses déviants et ses fous"

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Secteur ?

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L'aliénisme n'a pas disparu

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On est en train de nier la folie

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Basaglia doit se retourner dans sa tombe !

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