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Un espoir de modèle de contraste

« […] Nous réalisons notre devoir de transmettre qu’il y a, chronologiquement, mais surtout logiquement, en psychiatrie « un avant et un après Lucien Bonnafé ». Apprendre à lire le visible corbeillois non comme tombé là par la grâce du progrès continu de la science, mais comme l’irruption d’une juste colère, d’un long travail des lumières dans l’ombre avant la réalisation d’un espoir de modèle de contraste avec les pratiques ambiantes. » (Jacqueline Schwarz)

En 1966, à la veille de se lancer dans « l’expérience corbeilloise », Lucien Bonnafé ponctuait ainsi ironiquement un rapport envoyé à la Société Médicale des H.P. de la Seine : « Psychiatre expérimenté, profonde connaissance vices asilaires, spécialiste thèses « secteur », offrant programmes pratiques variés, cherche collectivité désirant équipement moderne protection santé mentale ». Une lassitude se disait là face à l’inertie terrible des institutions dont Bonnafé avait cherché tout au long de sa vie professionnelle à modifier le cadre. Saint-Alban, Sotteville, Perray -Vaucluse, autant de tentatives différentes et toujours renouvelées « de déconstruction in situ du modèle asilaire post-haussmanien » (Paul Brétécher). L’envers de cette lassitude, c’est la disponibilité totale avec laquelle il approche Corbeil. Le programme proposé à l’équipe dont il s’entoure, « l’implantation préalable », inverse la logique du corps à corps mené jusque-là avec l’aliénisme : non plus partir de l’hôpital pour organiser un mouvement vers la collectivité, mais partir directement, hors les murs, des besoins là où ils s’expriment et se formulent. Et puis voir, expérimenter. « N’importe quoi de préférence », ajoutait-il… Il y a une certaine beauté du moment corbeillois. Renforcée d’ailleurs par les paradoxes du personnage. Ayant passé la moitié de sa vie à traîner ses guêtres dans les asiles de France, Bonnafé porte aussi l’héritage le plus traditionnel de la psychiatrie. Militant communiste au sein d’un parti qui n’a rien compris de 68, il s’entoure d’une équipe largement marquée par le « gauchisme ». Lui-même qui ne cesse d’exhorter à s’installer dans la ville, ne sait pas forcément comment s’y prendre. Et pourtant, l’ouverture se fait. Comme si l’utopie, jusque-là contenue dans la réserve des mots, des poèmes, des expériences historiques incessamment convoquées retrouvait à Corbeil le chemin du concret. L’expérience durera sept années et se pérennisera au-delà de son départ. C’est l’arc déployé par les sept montages présentés ici à travers les témoignages de ceux qui travaillent encore à Corbeil.

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