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Nous sommes arrivés
avec un plan géant du secteur
 
Si le « secteur » a provoqué la création dans la ville d'un réseau de lieux, et les équipes psychiatriques un nouveau tissu de relations, il nous manque souvent la matérialité des circulations et des détournements que les patients instituent eux-mêmes dans le paysage urbain, depuis que l'asile ou le « grand hôpital » dont parlait Bonnafé n'est plus le seul lieu d'existence possible pour la folie. 
 
À raison de deux demi-journées par semaine, entre les mois de juin et septembre, avec les patients du centre de jour Châtelet, une série d'affiches a été réalisée, des récits ont été écrits, des trajets dans la ville enregistrés. Un travail en vue d'une exposition dans et hors le lieu.

Le premier jour, nous sommes arrivés avec un plan géant du secteur. Pour commencer à établir une cartographie des circulations des patients dans la ville, nous nous sommes installés dans la salle d'accueil, à côté du bar, afin que chacun nomme et situe les lieux qu'il fréquente. La carte était trop réduite ; le club de la rue des Barres, un bar de la rue Bourg-Tibourg, l'épicerie de la rue aux Ours, le CMP de la rue de Turbigo, La Clairière centre informatique, le CMP de la rue du Figuier, le cinéma Beaubourg, l'Ed de la rue de Rivoli, la caserne de la place Baudoyer, la pointe Saint-Eustache, la buvette du Palais de justice, la mairie du 4e, la rue au Maire, la place des Vosges, le quartier de la Bastille, la place du marché Sainte-Catherine, l'espace des Blancs Manteaux, la boutique Compact, la caisse primaire d'assurance maladie, le parvis de Notre-Dame, la maison du club du Pont-Neuf, le café des Reflets, le web-café Sébastopol, le BHV, le lycée Charlemagne, l'Hôtel Dieu, le quartier de la gare de l'Est, le canal Saint-Martin, la rue des Vinaigriers…

L'imaginaire du projet, ce qui nous a guidés, ce sont les mots du poète et le fantasme - qu'on a souvent réactivé au Centre de jour - que l'on produisait des images et des mots à destination des murs de Paris. Des affiches à coller et qui n'ont rien à vendre, qui donnent à penser. Se réapproprier les façades d'une ville parfois aimée, mais qui souvent trahit. Réticentes ou enthousiastes, les personnes rencontrées au 5 de la rue Saint-Denis ont eu le temps de changer d'avis, au gré des mauvais jours et des moments meilleurs. Quand, à la fin de la première séance, on a accroché au mur de la salle d'accueil le plan percé et annoté, s'achevait la première et unique séance collective. Le travail s'est poursuivi dans des entretiens individuels pour imaginer les affiches et produire les textes. Irrégulièrement, au rythme de leurs visites au Centre, de leur disponibilité, la matière s'est accumulée. Certains apportaient dessins et textes qu'ils avaient travaillés seuls, pour d'autres, la première tâche était de libérer le désir de partager. À cette fin, un journal mural est  affiché dans le hall. Il a permis à chacun, "soignants" ou "soignés", de s'arrêter pour voir ce que fabriquait cet étrange atelier, et, éventuellement, commencer un récit, au croisement de la ville et de l'histoire qu'on entretient avec elle.

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