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Le bureau de Lucien Bonnafé

 

« Continue, travaille… » disait souvent Lucien Bonnafé à ceux qu’il rencontrait, les incitant à chercher, à aller de l’avant. Rares ceux qui repartaient les mains vides : un texte, souvent photocopié, un document, un livre. Consacrant pendant un an un projet à celui qui se nommait « psychiatre-désaliéniste », à la façon dont son personnage s’est dispersé et multiplié, nous sommes retournés à la matrice. Au bureau donc, à la table d’écriture. Quelques mois avant le départ de ses archives personnelles à l’IMEC, nous sommes venus arpenter l’espace intime, dans sa maison de la Ville-Du-Bois, où il a vécu après sa retraite. Nous voulions voir.

À l’étage, une petite pièce rayée d’un grand trait de lumière ; les fenêtres s’ouvrent sur les arbres et la vallée ; sous la lumière, la table d’écriture, portant traces des dernières tâches entreprises, des derniers projets. Une table au travail. Derrière, une petite bibliothèque, contenant les livres les plus relus sans doute, « les alliés substantiels » : Char, Eluard, les surréalistes, Canguilhem, la philosophie… Et puis tout autour, le long de chaque mur, des dossiers soigneusement classés et ordonnés, prêts à être saisis dans l’urgence. « Saint-Alban », « Mai 68 », « Foucault », « Anti-psychiatrie », « Secteur »… Un espace intime, mais ouvert à tous les vents, peuplé, certainement pas individuel.

Nous sommes repartis de là. Reconstituer le bureau de Bonnafé, non pour se recueillir, mais pour faire sentir ce grand courant d’air, un art si particulier du carrefour. Mettre en scène le parcours qui a été le nôtre pendant une année : ouvrir la porte, lire et tenter de suivre les fils. Comprendre comment un homme a su faire lever des mondes, des aventures à partir de cette littérature grise qu’est la psychiatrie. Comprendre comment s’est fabriqué ce « psychiatre qui se garde de ne parler que de psychiatrie, sans oublier qu'il est psychiatre quand il parle d'autre chose ». Refaire le chemin donc : s’asseoir au bureau, lire les notes, les articles, et puis lever la tête vers les grandes fenêtres s’ouvrant sur les arbres. Mouvement de dispersion, des mots vers les choses.




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