13

En arrivant d’Abidjan, en 1976, je me suis d’abord installé dans une chambre de bonne à la porte d’Auteuil. J’avais 31 ans et venais de laisser derrière moi une femme et deux enfants. Je me souviens que j’allais courir tous les jours au bois de Boulogne, tout près.
Depuis vingt ans, j’habite la rue de Cléry. C’est une rue marchande, où l’on trouve principalement des grossistes. Je ne connais qu’une seule personne dans ma rue, un vendeur qui s’appelle Simon. C’est un homme d’une soixantaine d’années que j’ai rencontré un jour en entrant dans son magasin avec un ami qui devait faire des achats. Il a accepté de nous vendre au détail et c’est comme ça qu’on s’est connus. On se salue quand je passe.
La semaine, la rue est très bruyante. Il y a beaucoup de circulation, mais ça ne me dérange pas. Je m’adapte. Au bout de la rue, il y a un restaurant chinois qui présente en vitrine de la nourriture déjà préparée. Les clients viennent manger sur place. J’y vais de temps en temps.
Il y a, pas très loin, le marché Montorgueil qui fonctionne toute la semaine sauf le lundi. J’y fais une partie de mes courses et dépose au pressing à côté mes vêtements qui ont besoin de soin. C’est là aussi que se trouve mon médecin traitant.
En vingt ans, le quartier a changé. Il y a eu beaucoup de travaux de ravalement. J’ai vu apparaître de nouvelles boulangeries. Rue Léopold-Bellan, ils ont ouvert une laverie où je lave mon linge courant.
Au Ed de Strasbourg-Saint-denis, j’achète savon, rasoir et aubergines. C’est pas cher, mais pour manger un peu mieux, je complète mes achats au Franprix d’à côté où je trouve les épinards et les yaourts. Pour le pain et les piles, je vais chez Monoprix.

Quand il y a des fêtes à la mairie, on est invités. À cette occasion, le maire donne des conférences où il nous parle de « La grande enquête » qui concerne le bruit, la circulation, le projet de tramway. On nous offre aussi nos plaquettes de chocolat annuelles. L’invitation concerne tous les habitants du 2e arrondissement.
On va également à la mairie quand on a besoin d’être logé. Voilà déjà un moment que je souhaite changer d’appartement, celui que j’occupe étant devenu trop petit, mais j’attends toujours une réponse à la demande que j’ai déposée…

Une fois par semaine, le samedi, je vais à l’église Saint-Eustache. Normalement, je fréquente l’église de la Porte-Dorée, où il y a près de 500 fidèles, mais quand j’ai envie de prier seul, je vais à Saint-Eustache où c’est calme et propice à la concentration. C’est une église très haute de plafond, très vaste, avec des vitraux sur lesquels on peut voir des personnages bibliques. Il y a deux nefs, une nef centrale et une sur le côté. Il y a des lampes un peu partout, le long de piliers géants. Il y a aussi un orgue qui, de temps en temps, joue des partitions religieuses. Comme il est en hauteur, je ne sais pas s’il joue seul ou bien si quelqu’un en joue. Il y a des visiteurs qui circulent, beaucoup de touristes qui observent et s’assoient un moment. Certains prient même un peu. Et puis, ils s’en vont.

Au 10, de la rue Saint-Sauveur, se trouve la cantine de la mairie qu’on appelle aussi restaurant Émeraude. Depuis trois mois que l’hôpital de jour ne sert plus de repas, c’est là que je déjeune tous les midis. Il marche tous les jours sauf le dimanche. C’est la mairie du 2e arrondissement qui me l’a indiqué quand je suis allé demander ma carte de transport, qui me permet de circuler gratuitement.
Le restaurant Émeraude, c’est bien mieux que les déjeuners de l’hôpital de jour. C’est mieux fait et la nourriture y est meilleure. Le repas coûte 3,40 euros. On y mange des carottes mélangées avec de la pomme de terre, des spaghettis ou du riz. On nous sert une entrée, un plat du jour, un fromage, un dessert et un café. J’y vais seul, mais j’y retrouve plein de gens dont beaucoup de retraités. On est quatre par table. Moi, je mange souvent avec M. Bloch et Simon Cohen que je connais du Centre du jour, et avec Fernand, Henriette, et Antonio, des retraités que j’ai connus là-bas. Je vois aussi Colette et Sandrine qui servent aux tables et plein d’autres encore. Moi, je ne suis pas tellement bavard. J’écoute. Parfois, on parle du beau temps et de la pluie. Ce sont des gens qui parlent de choses que je ne trouve pas nécessaires.
Le restaurant est situé au premier étage d’un bâtiment neuf qui en comporte six. Il y a quelqu’un chargé d’ouvrir en permanence aux gens qui sonnent à l’entrée mais, en tant que client, on a le code pour entrer directement. Je fais le 1020 et je monte.
Sur l’un des murs de la salle, il y a des baies vitrées devant lesquelles sont tirés deux rideaux. Au milieu, une bande de fenêtre reste dégagée et on entrevoit une courette avec un étage qui barre la vue à quelques mètres. Le long des autres murs, sont suspendues de petites marionnettes représentant des hommes et des femmes en habit de ville. La lumière arrive par une ouverture vitrée au plafond et de nombreux néons qui éclairent très bien. Il y a une serviette en papier et des couverts à chaque place.

Pour pouvoir accéder au restaurant Émeraude, il faut avoir 49% de handicap et vivre à Paris depuis au moins trois ans.
Blaise

lien permanent

 

Site généré avec LoGz(B) 2005 by Loz http://www.logz.org, Copyleft Licence Art Libre | site map
nombre de requêtes 11