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Je ne fréquente qu’un quartier à Paris, le quartier Saint-Paul. J’y vais depuis que je suis toute petite. J’habite à la Bastille, mais c’est à Saint-Paul que je me sens chez moi. Rue des Rosiers, rue Ferdinand-Duval, rue du Roi-de-Sicile, rue des Francs-Bourgeois. On y voit passer les hassidim avec leur chapeau noir, la barbe et les papillotes qui tombent. Moi, j’ai été élevée dans la tradition, on fait les fêtes religieuses, mais on ne suit pas les mêmes interdits que les orthodoxes.
Le samedi matin, il y a les offices à la synagogue pavée dans la rue du même nom. Elle a un étage, comme toutes les synagogues, les hommes en bas, les femmes en haut. C’est une petite synagogue, mais elle est jolie. Il paraît que du temps des nazis, elle aurait été touchée. C’est ce que j’ai entendu dire. Je ne peux pas confirmer parce que pendant la guerre de 39-45, je n’étais pas à Paris, je n’étais même pas née. Je suis née en 1967, juste avant les événements.
Le quartier ne change pas beaucoup. Récemment, il a été un peu réaménagé par la mairie de Paris. Ils ont planté quelques arbres. Quand j’avais 25 ans, je me promenais souvent dans ces rues avec mon groupe d’amis. On allait boire le thé le dimanche, on allait au restaurant. Ça fait maintenant cinq ou six ans que je ne sors plus avec eux. Je vais à Saint-Paul avec mes parents. Le plus souvent, j’accompagne mon père faire les courses. Pour Pessah, on va chez Naouri rue des Hospitalières-Saint-Gervais, acheter les galettes sucrées à l’eau ou au vin. On y trouve aussi les cornichons, les olives, le jus de raisin, le Coca et le chocolat casher. On va acheter la viande à la boucherie Panzer. On se croirait en Israël. J’imagine, parce qu’en réalité je ne suis jamais rentrée dans une boucherie en Israël. À chaque voyage, on loge à l’hôtel. Dans la vitrine de chez Panzer sont suspendus des merguez, du saucisson ou des poulets, et en grosses lettres on peut lire Beth Din Casher, le consentement du rabbin. C’est une petite boutique, mais il y a trois bouchers et une caissière. Les bouchers sont en blouse blanche. Le plus souvent, on achète des boulettes, du pâté, du bifteck ou encore des tranches de foie. C’est toujours mon père qui passe la commande.
Annie C.

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