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Lieux de vie - Bondy - Morsang-sur-Orge - Paris - Corbeil


Les expériences rassemblées ici sont certes différentes et s’intègrent dans des histoires singulières. Le restaurant associatif AGAPES créé par Paul Brétécher et Claudine Hersant, l’atelier de troc « bricolé » par Chantal Piquet au centre de jour La Villa, ou encore le Café Curieux animé par Michaël Guyader et Frédéric Gramazio à Morsang-Sur-Orge s’enracinent dans l’histoire du secteur créé par Lucien Bonnafé à Corbeil au début des années 70. L’agence de tourisme 13 Voyages, créée à l’initiative du psychiatre Eric Piel, s’inscrit dans la tentative plus récente d’implantation d’un secteur au cœur de Paris. La cuisine de l’hôpital de jour de Bondy peut revêtir au premier regard un aspect plus traditionnel.

Tous ces lieux cependant se rassemblent dans un même questionnement sur le devenir de l’institution.

Qu’il s’agisse de la « réinsertion » par le travail, de l’accès à la culture ou de la tentative de ne pas séparer les problèmes du soin des problèmes dits « sociaux », la logique est la même. C’est une logique à double sens, inconfortable. Comment ramener le soin « mental » ou « psychiatrique » au milieu des problèmes de tous ? Comment poursuivre l’effort déjà ancien d’ouverture à la communauté, ou à la cité ? Mais aussi, pour citer Michaël Guyader, comment « faire entrer la cité dans le soin », directement ? Mouvement à double sens donc, qui concerne à la fois les « équipes » et les « usagers ». Du côté des équipes, c’est la capacité à ne pas lâcher les transformations induites par la présence dans la ville. La clinique s’est modifiée au contact de la ville, bouleversant les repères d’un savoir qui s’était constitué dans l’exclusion et l’isolement. Les traces de cette réflexion sont nombreuses. À l’hôpital de jour de Bondy, par exemple, elle s’exprime dans la dimension pluridisciplinaire de l’équipe où collaborent médecins, infirmiers, éducateurs et gens de métiers. On pense aussi au trajet de Claudine Hersant qui a pour ainsi dire « oublié » son métier d’infirmière en s’investissant dans la création d’un restaurant. Du côté des « usagers », c’est la possibilité d’exprimer et de faire entendre des besoins ou des demandes, qui ne sauraient se réduire à la seule question du soin. C’est ainsi qu’Eric Piel et Paul Brétécher expliquent les aventures de 13 Voyages ou d’AGAPES : il y avait de la part des patients une demande concernant le travail qu’il fallait prendre en compte, sans préjuger des réticences ou des craintes des soignants. Mais les « usagers », c’est aussi tous ceux qui n’ont jamais eu de contact avec la psychiatrie, mais dont dépend la possibilité d’accueillir la souffrance dans les villes d’aujourd’hui. Les entreprises, ou le monde associatif par exemple.

Une histoire de frontières, donc, qui met à mal les cartes dont on se sert pour s’orienter dans la réalité. En se laissant bousculer par la vie, chacun de ces lieux retourne son questionnement au-delà de l’institution médicale ou soignante. La réaffectation du cuisinier de Bondy, sous couvert d’arguments budgétaires, est sans doute aussi une manière de réagir à ce brouillage, une tentative pour revenir à un repérage en « dur » : ça c’est le soin, ça c’est le travail, ça c’est une activité d’accompagnement, etc. Cet événement dit la menace qui pèse aujourd’hui sur des expériences travaillant sur les marges de la psychiatrie. Mais, négativement, il révèle aussi tout ce qu’il y a encore de vif en elles.

Comme le dit Frédéric Gramazio à propos des « patients » qui tiennent des permanences au Café Curieux : « Ce sont eux maintenant qui accueillent le monde ordinaire ».

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