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Les lits, la cuisine et le psychiatre

Cinq expositions

autour de Lucien Bonnafé

 

"Notre culture poétique fraye pour nous des voies nouvelles à la communication. Elle nous permet de saisir des évidences neuves. Grâce à elle, nous avons accès à un registre verbal élargi, nous percevons mieux les harmoniques et les résonances, le monde du symbole devient mieux communicable, et notre expression elle-même rend un écho plus juste. Ainsi, nous devenons plus efficaces."
Lucien Bonnafé


Un travail réalisé par Stéphane Gatti avec Jean-Baptiste Leroux, Pierre-Vincent Cresceri, Benoît Francès, Benoît Artaud, Cécile Geiger, Emilie Desjardins.



« Le bureau de Lucien Bonnafé »
Cette exposition s'est tenue à Confluences, 190 boulevard de Charonne 75020 Paris


La maison de Lucien Bonnafé a été vendue, une partie de ce qu'il possédait est allée aux archives. On ferme la boutique. Bonnafé, c'est fini. Vive Bonnafé !

Dans cette exposition, nous avons ramené les sédiments de ce qu'a laissé cet homme dans son bureau avant de partir. Une salle est dédiée aux images, cartes postales, textes accumulés et photos qui ont accompagné sa vie. Bonnafé était un agitateur. En permanence, il envoyait des messages urgents à tous ceux qui l'entouraient pour les maintenir en éveil. Une seconde salle donne à entendre des témoignages sonores sur "Bonnafé en héritage" et un questionnement sur la psychiatrie dans la ville, à partir des documents sonores réalisés à Corbeil, Bondy et Paris.


Cette exposition comprend un mur phototographique conçu par Stéphane Gatti, des calques sur le parcours de Bonnafé, et « L’écoute et l’écho », un entretien filmé avec Lucien Bonnafé, enfin un film sur le bureau de Bonnafé comme lieu de rencontre et de transmission avec notamment les témoignages des psychiatres Michaël Guyader et Roger Ferreri qui s'y rendaient régulièrement. Une présentation de son séminaire testamentaire "Histoire d'une idée fixe".




« Cartographie de l’ailleurs »
Cette exposition s'est tenue au Centre de Jour Châtelet, 5 rue Saint-Denis 75001 Paris



"Depuis 2002, je vis rue des Prêcheurs, à côté du forum des Halles, dans un logement social. Le ventre de Paris, ça grouille. Rue Saint-Denis, rue Lescot, les gens se marchent dessus. C'est le quartier de la mode et de chez moi j'entends la musique à fond du lundi au samedi. La nuit, Châtelet, ce n'est pas fréquentable. C'est une autre ville plus effrayante encore. Les gens s'y croisent, viennent de loin et sont de passage. C'est un quartier plein d'inconnus. Depuis que j'ai quitté l'Algérie, j'ai vécu à Aulnay-sous-bois, à Aubervilliers, aux 4000 à la Courneuve, à Saint-Denis et je n'ai jamais eu peur. En banlieue, tout le monde se connaît. Les gens circulent d'un appartement à l'autre. Les femmes se retrouvent au square avec les enfants. Le jour de L'Aïd, il est d'usage d'inviter ses voisins, même s'ils sont français, à manger la soupe et le couscous. Lors d'un décès, la famille prépare le repas, installe une table et des tréteaux dans le couloir et les gens viennent présenter leurs condoléances, s'assoient et mangent. Dans la tour, les gens s'entraident. Ils vivent ensemble. À Paris, c'est l'isolement total."
Extrait d'un texte de Mourad, Centre de Jour Châtelet


Si le « secteur » a provoqué la création dans la ville d’un réseau de lieux, et les équipes psychiatriques un nouveau tissu de relations, nous manque souvent la matérialité des circulations et des détournements que les patients instituent eux-mêmes dans le paysage urbain, depuis que l’asile ou le « grand hôpital » dont parlait Bonnafé n’est plus le seul lieu d’existence possible pour la folie.
Pour établir cette cartographie des circulations dans la ville du point de vue des patients, nous avons installé un atelier d’écriture et de sérigraphie au centre de jour Châtelet à Paris, transformé un temps en observatoire de la ville. Une série d’affiches a été réalisée avec des patients du centre, des récits ont été écrits, des trajets dans la ville enregistrés. Cette exposition rassemble les résultats de l’atelier, à la croisée des pratiques des soignants et des usagers, pour dire ce nouveau territoire de la santé mentale qui a pris le chemin de l’école buissonnière.
 
Cette exposition comprend 20 affiches réalisées avec les patients, des calques de l'atelier d'écriture et des enregistrements sonores sur le travail de soin dans la ville.
 
 
« Des lits debout »
ou comment faire le lit de la psychiatrie

Cette exposition s'est tenue à La villa à Corbeil, 10 rue du bas coudray 91100 Corbeil-Essonnes


Lucien Bonnafé citait souvent cet extrait des "Chants de Maldoror" de Lautréamont :

" Les obscurités à carapace de punaises, la monomanie terrible de l'orgueil, l'inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies, les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les épouvantements raisonnés, les inquiétudes étranges que le lecteur préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières, sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois."


L'exposition de Corbeil-Essonnes s’intitule « Des lits debout ». C’était l’expression employée par Bonnafé pour convaincre ceux qui travaillaient avec lui, que le lit n’était pas seulement un mobilier de l’asile.
Le « lit » fait partie de la sémantique psychiatrique. Il est à la fois un indice économique et un euphémisme asilaire. On dit « ouvrir un lit », « fermer un lit ». Il sert à évaluer la psychiatrie, à saisir les enjeux économiques et politiques qui la secouent. On entend dire : « Le nombre de lits d’hospitalisation en psychiatrie a diminué de 22% » ou « Le ministre de la santé a annoncé un moratoire sur la fermeture de lits en psychiatrie suite au meurtre d’une infirmière et d’une aide-soignante durant leur nuit de garde ».
Entre le lit-monade de Georges Perec et le lit-naissance de la clinique de Michel Foucault, il y a l'immense imaginaire du lit psychiatrique tel qu'il sert encore à évaluer tous les moyens des soins de la maladie mentale.

Avant de partir à la retraite, Lucien Bonnafé a souhaité que son service se dote d'un certain nombre de lits. Son équipe, celle qu'il avait formée à intervenir dans la ville, a refusé. Aujourd'hui encore, cette question demeure en suspend et reste polémique.
 
Cette exposition comprend des calques sur l'histoire du secteur, un film réalisé à partir des entretiens de médecins psychiatres, des dessins et des enregistrements de patients sur le thème des lits ; ils commentent les photos qu'ils ont faites de leur lit.

Exposition réalisée avec les usagers de la Villa par la Parole Errante et Thérèse Amper-Jonas en partenariat avec Arimage et la Serhep Corbeil et le soutien du centre hospitalier Sud Francilien.




« Les lieux de vie et la ville»
Cette exposition s'est tenue à l'Hôpital de jour de Bondy, 16 rue du Breuil 93140 Bondy




En 1943, le poète Paul Eluard en route pour le maquis est accueilli par Lucien Bonnafé, directeur de l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban. Il y écrit le poème "Cimetière des fous".

"Ce cimetière enfanté par la lune
Entre deux vagues de ciel noir
Ce cimetière archipel de mémoire
Vit de vents fous et d'esprits en ruine

Trois cents tombeaux réglés terre nue
Pour trois cents morts masqués de terre
Des croix sans nom corps du mystère
La terre éteinte et l'homme disparu

Les inconnus sont sortis de prison
Coiffés d'absence et déchaussés
N'ayant plus rien à espérer
Les inconnus sont morts dans la prison

Leur cimetière est un lieu sans raison."


Ce poème fut un socle dans la démarche de Lucien Bonnafé. Toute sa vie, il a œuvré à travers sa conception du désaliénisme, à fermer les asiles pour que les fous puissent sortir des bâtiments où ils étaient relégués et qu'ils ne quittaient que le jour venu de déménager au cimetière. Aujourd'hui, la psychiatrie est dans la ville, elle s'organise. Des lieux de travail, des habitations, des circulations se mettent en place. À Bondy, un hôpital de jour s’est organisé autour du travail d’un cuisinier. À Corbeil, une association gère dans le foyer d'un théâtre un restaurant où les patients réapprennent à travailler. À Morsang-sur-Orge, un café curieux accueille des clients dans un décor aux arêtes questionnantes. Aujourd’hui, alors que ce mouvement continue à se développer, un contre-courant semble se mettre en place. Avec le risque d’un retour à une politique de grande concentration des soins, perceptible à travers la réforme hospitalière programmée pour 2007.

Cette exposition confrontera différentes expériences menées aujourd’hui pour continuer cette recherche d’espaces d'accueil de la folie. Pour soutenir ces lieux qui sont toujours les plus fragiles parce qu'ils se situent justement en dehors ou à la marge de la psychiatrie.
 
Cette exposition comprend des calques sur différentes expériences de lieux de vie, un film réalisé avec les commentaires de patients sur leur vie dans la ville aujourd'hui.
 
 
"Les infirmiers sur la ligne de front"
Cette exposition s'est tenue au Centre Médico-Psychologique du Figuier
2 rue du Figuier 75004 Paris



"Il s'agit moins de rendre les gens heureux que de les empêcher d'être malheureux. N'opprimez pas, voilà tout. Chacun saura bien trouver sa félicité. Un malade chez lequel serait établi le préjugé qu'il doit son bonheur à ceux qui le soignent ne le conserverait pas longtemps."
Saint Just

Lucien Bonnafé commentait cette citation de la façon suivante :
"J'ai dit et redit depuis bien longtemps qu'on ne peut considérer la folie hors de sa dimension d'avatar malheureux dans la juste protestation de l'esprit contre une injuste contrainte".
Immédiatement après-guerre, l'effort de Lucien Bonnafé a porté sur le « personnage du psychiatre » et la posture particulière qui lie savoir et pouvoir, celle qui permet de décider de l'autre et de ce qui doit être fait pour son bien. Une position qui avait mené aux catastrophes observées pendant la guerre. C’est donc tout à fait logiquement que le "Psychiatre désaliéniste" cherchait également à transformer celui qui à l'époque n'était que gardien d’asile en infirmier. Il soulignait sans cesse que l'infirmier était le plus proche et le mieux placé des observateurs pour accompagner le fou.
La formation de l'infirmier sera pendant des années sa préoccupation principale pour que se développe son potentiel soignant. Nous avons rencontré de nombreux infirmiers et une chose nous a frappé. Quels que soient leur âge ou leur formation, ils disent : " Finalement, nous soignons avec nous-mêmes."
 
Cette exposition comprend des calques sur le travail infirmier et un film réalisé avec les infirmières du pavillon Tosquelles à Saint-Dizier.


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